Communiqué du Président en réaction à l'assassinat d'un enseignant à Conflans-Sainte-Honorine

Chères et chers collègues

Chères étudiantes et chers étudiants

Hier, un enseignant d'histoire-géographie a été sauvagement assassiné aux abords de son collège dans le Val d'Oise. Ce nouveau crime commis au nom d'une religion supposée bafouée nous bouleverse et ébranle la communauté éducative dans son ensemble, des écoles à l'université. Mes premiers mots sont ceux d'une solidarité émue et profonde envers la famille de la victime et de tous ses amis, collègues et élèves du collège où il travaillait à l'éducation des jeunes gens dont il avait la responsabilité. 

Plus nous prenons conscience de ce qui s'est passé, plus nous en sortons ébranlés, tant la nature de l'acte comme sa signification interrogent les soubassements de nos sociétés multiculturelles. Une fois encore, et alors que se tient le procès de l'attentat terroriste de 2015 contre Charlie Hebdo, nous redécouvrons, dans l'horreur survenue, que l'on peut mourir en France simplement pour maintenir vivantes les valeurs de la République. Cet enseignant est mort pour avoir voulu faire réfléchir ses élèves à des caricatures et donc les exercer à l'esprit critique, fondement du métier de citoyen; il est mort parce que des forces obscurantistes inculquent, en famille ou dans des mouvements d'embrigadement idéologique parallèles à l'école de la République, la haine de la laïcité et de la liberté de penser. Il est mort parce que ces mêmes forces décrètent qu'il y a eu blasphème et, s'instituant à la fois victimes, juges et exécuteurs des basses oeuvres, poussent à la mise à mort ritualisée du supposé profanateur, condamné sans autre forme de procès. La jeunesse du meurtrier nous interroge aussi sur les échecs de notre éducation et les failles dans le pacte républicain.

L'Education nationale et les universités doivent rappeler et porter haut l'idéal républicain menacé. Former, éduquer à la démarche critique est notre mission et notre devoir. La République s'est construite sur cette valeur cardinale de la laïcité, c'est-à-dire du droit de croire ou de ne pas croire, mais aussi du droit d'historiciser les vérités qui se prétendent révélées, de les questionner, de les déconstruire et de les moquer éventuellement. Ce droit est tous les jours attaqué, par des formes diverses mais qui n'hésitent plus à aller jusqu'à l'agression mortelle.

Nous ne cèderons pas; dans nos cours, nos professeurs doivent, sans faillir, continuer ce combat pour notre laïcité républicaine, respectueuse certes de toutes les croyances, mais qui ne doit céder à aucune d'elles. 

Au moment où je vous écris, je ne sais si le gouvernement a prévu une cérémonie particulière pour honorer le sacrifice de notre collègue. Il me paraîtrait indispensable qu'elle ait lieu. Si rien n'était décidé nationalement, je reviendrais vers vous pour proposer a minima une minute de silence en sa mémoire.

Plus que jamais, nous sommes Charlie.

Avec mes sentiments très dévoués

Patrick Gilli
Président de l'université Paul-Valéry Montpellier 3